viernes, 20 de julio de 2012

Instrucciones/Instructions/Cortázar


Instrucciones para subir una escalera

Nadie habrá dejado de observar que con frecuencia el suelo se pliega de manera tal que una parte sube en ángulo recto con el plano del suelo, y luego la parte siguiente se coloca paralela a este plano, para dar paso a una nueva perpendicular, conducta que se repite en espiral o en línea quebrada hasta alturas sumamente variables. Agachándose y poniendo la mano izquierda en una de las partes verticales, y la derecha en la horizontal correspondiente, se está en posesión momentánea de un peldaño o escalón. Cada uno de estos peldaños, formados como se ve por dos elementos, se situó un tanto más arriba y adelante que el anterior, principio que da sentido a la escalera, ya que cualquiera otra combinación producirá formas quizá más bellas o pintorescas, pero incapaces de trasladar de una planta baja a un primer piso.
  
 Las escaleras se suben de frente, pues hacia atrás o de costado resultan particularmente incómodas. La actitud natural consiste en mantenerse de pie, los brazos colgando sin esfuerzo, la cabeza erguida aunque no tanto que los ojos dejen de ver los peldaños inmediatamente superiores al que se pisa, y respirando lenta y regularmente. Para subir una escalera se comienza por levantar esa parte del cuerpo situada a la derecha abajo, envuelta casi siempre en cuero o gamuza, y que salvo excepciones cabe exactamente en el escalón. Puesta en el primer peldaño dicha parte, que para abreviar llamaremos pie, se recoge la parte equivalente de la izquierda (también llamada pie, pero que no ha de confundirse con el pie antes citado), y llevándola a la altura del pie, se le hace seguir hasta colocarla en el segundo peldaño, con lo cual en éste descansará el pie, y en el primero descansará el pie. (Los primeros peldaños son siempre los más difíciles, hasta adquirir la coordinación necesaria. La coincidencia de nombre entre el pie y el pie hace difícil la explicación. Cuídese especialmente de no levantar al mismo tiempo el pie y el pie).
   Llegando en esta forma al segundo peldaño, basta repetir alternadamente los movimientos hasta encontrarse con el final de la escalera. Se sale de ella fácilmente, con un ligero golpe de talón que la fija en su sitio, del que no se moverá hasta el momento del descenso.






Julio Cortázar
de "Historias de Cronopios y de Famas", Julio Cortázar, 1962. © 1996 Alfaguara

















Instructions pour monter un escalier (extrait)
Les escaliers se montrent de face car en marche arrière ou latérale ce n’est pas particulièrement commode. L’attitude la plus naturelle à adopter est la station debout, bras ballants, tête droite mais pas trop cependant afin que les yeux puissent voir la marche à gravir, la respiration lente et régulière. Pour ce qui est de l’ascension proprement dite, on commence par lever cette partie du corps située en bas à droite et généralement enveloppée de cuir ou de daim et qui, sauf exception, tient exactement sur la marche. Une fois ladite partie, que nous appellerons pied pour abréger, posée sur le degré, on lève la partie correspondante gauche (appelée aussi pied mais qu’il ne faut pas confondre avec le pied mentionné plus haut) et après l’avoir amenée à hauteur du premier pied, on la hisse encore un peu pour la poser sur la deuxième marche où le pied pourra enfin se reposer, tandis que sur la première le pied repose déjà. (Les premières marches sont toujours les plus difficiles, jusqu’à ce qu’on ait acquis la coordination nécessaire. La coïncidence des noms entre le pied et le pied rend l’explication difficile. Faites spécialement attention à ne pas lever en même temps le pied et le pied.
Parvenu de cette façon à la deuxième marche, il suffit de répéter alternativement ces deux mouvements jusqu’au bout de l’escalier. On en sort facilement, avec un léger coup de talon pour bien fixer la marche à sa place et l’empêcher de bouger jusqu’à ce qu’on redescende.

Julio Cortàzar, Cronopes et fameux , "Manuel d'instructions", 1962.







Julio CORTÁZAR
Cronopes et Fameux,1962
Gallimard



"Manuel d'instructions" est le premier chapitre de Cronopes et fameux. C'est une liste de différents manuels brefs, lesquels chacun ne valent pas en eux-mêmes, puisqu’il s’agit de la forme codée des modes d’emploi techniques, mais précisément pour l’occupation qu’ils dénotent, et les font bien évidemment relever de ces Occupations bizarres qu’il n’a pas encore écrites, ainsi de ses "Instructions pour tuer des fourmis à Rome", des fameuses "Instructions pour monter un escalier" ou de leurs équivalents "Instructions pour pleurer", a contrario des "Instructions exemples sur la façon d’avoir peur". 


Instructions pour pleurer 
Instructions pour chanter 
Instructions-exemples sur la façon d'avoir peur
Instructions pour comprendre trois tableaux célèbres
Instructions pour tuer des fourmis à Rome
Instructions pour monter un escalier
Instructions pour remonter une montre

Julio Cortázar Argentin né à Bruxelles, Julio Cortàzar est venu vivre entre Paris et Londres, où il vivra de ses traductions, de 1951 à sa mort en 1984.



A travers quatre assortiments, Julio Cortázar nous régale d’une littérature drôle, surprenante, parfois surréaliste. Son écriture est déconcertante et chacune des parties (assortiments) nous emmène  plus loin dans son univers. On peut lire ce recueil comme une initiation nous apprenant à regarder différemment le monde  qui nous entoure.
Dans la vie, il existe toutes sortes de personnes, Julio Cortázar lui, range l’humanité en trois grandes catégories que sont les Cronopes, les Fameux et les Espérances. Nous sommes en quelque sorte tous des Espérances en devenir, en grandissant ; peut-être à la lecture de ce livre, certains deviendront des Cronopes et d’autres plutôt des fameux. Les Fameux sont des gens sérieux, ils sont prévoyants, organisés et n’aiment pas être surpris. Généralement, ils n’apprécient pas les Cronopes qui sont joueurs, irresponsables, rêveurs, distraits et j’en passe. Ce recueil par sa forme et par son fond, nous invite fortement à devenir un Cronope.
La première partie de ce recueil s’appelle « Manuel d’instructions » ; en effet, on y apprend dans des textes très courts à pleurer, à chanter, à se détacher de sa montre, marque du temps qui file, à tuer des fourmis et surtout à prendre conscience de la brique de verre qui nous enferme et des possibilités de vivre malgré ces parois. Tout en usant d’images qui laissent place à l’interprétation, l’auteur nous invite à agir différemment pour que la moindre course à la boulangerie devienne un parcours semé d’embûches ou de plaisir, au choix.
Le deuxième assortiment du recueil porte sur des « Occupations bizarres ». On a là des histoires un peu plus longues qui nous content la vie de personnes aux mœurs étranges comme construire un échafaud ou récupérer un cheveu dans les canalisations. L’auteur nous entraîne sur les pentes de l’absurde. Cela est très drôle et apporte tout de même son lot de critiques. Derrière le rire, on grince un peu devant l’attitude des voisins déçus de ne pas voir l’échafaud servir ou devant la tristesse forcée des gens en deuil. Cortázar se moque de ses concitoyens enfermés dans des codes qui les dépassent. Par  son regard critique, on assiste et on se moque des réactions des personnages tout en s’interrogeant quelque peu sur nous-mêmes.
Le troisième assortiment a pour titre « Matière plastique ». Son titre fait pendant à l’évocation de la brique de verre du début ; dans cette partie, Cortázar nous livre différentes activités et réflexions nous permettant de vivre en Cronope dans cette brique de verre. La partie s’ouvre sur l'évocation d’un écrivain obligé par sa secrétaire à employer les mots justes, ce qui l’attriste. Ce début n’est pas anodin car il semble effectivement que l’auteur adorerait se débarrasser du poids bien trop réel des mots. Dans cette partie, il nous fournit même des éléments bruts pour écrire un poème, un rêve. Cet assortiment est le plus varié du recueil, il en ressort une certaine folie, des idées étranges comme un manuel de géographie fourmi. Cette folie ambiante écarte les barrières de la raison, et invite à une nouvelle écriture qui ne s’embarrasserait pas d’une raison étriquée.
La quatrième et dernière partie se divise en deux avec la première et encore incertaine apparition des Cronopes, des Fameux et des Espérances. « Phase mythologique » et « Histoire de Cronopes et de Fameux ». Alors qu’il présente cette partie comme étant mythologique, il n’est pas du tout question de genèse ou autre apparition. Bien au contraire, ces êtres sont immédiatement présents et bien vivants. Ils dansent et chantent, sont tristes. On comprend peu de choses d’eux si ce n’est qu’ils s’inscrivent dans le même monde que nous et qu’ils ont un langage un peu particulier. Les histoires nous renseignent un peu mieux sur le type de personnalités dont il s’agit. Ces histoires évoquent des situations souvent absurdes mais tout à fait envisageables. Le fait qu’elles arrivent à la fin du recueil apparaît en quelque sorte comme un test pour savoir de quel côté nous nous plaçons. Les situations décrites sont caricaturales et on hésite constamment sur le côté à choisir s’il y en avait un. Tout penche tout de même du côté des Cronopes qui sont si attachants avec leurs pendules en feuilles d’artichaut et leurs maisons pleines de souvenirs épars. De toutes façons, l’être humain est socialement fait pour être un fameux, mais il a tout de même besoin de temps à autre de devenir Cronope et ce petit livre peut admirablement l’aider.
Pour conclure, je ne peux que vous conseiller de pénétrer l’univers de Julio Cortàzar car c’est un monde drôle et poétique. Ce recueil de nouvelles est parfois déroutant par la distance qu’il opère avec le réel et la raison, mais après tout, tout texte a quelque chose à dire, il suffit de bien l’écouter.
Sur ce, je vous souhaite Bonnes salènes, Crono Cronope.
Simon L., A.S. Bib.


Fuente: littexpress.over-blog.net


















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